L’élection d’Emmanuel Macron : renouveau ou crise du système politique français ?

Gramsci disait que « La crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés »[1], La victoire d’Emmanuel Macron le 7 mai semble ouvrir de nouvelles perspectives tant sur le plan intérieur qu’international bien plus optimistes que ce qu’écrivait le théoricien italien.

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La vie politique française vit une recomposition inédite que les élections législatives de juin risquent de confirmer. Le président centriste va certainement réaliser ce dont Valery Giscard d’Estaing et Michel Rocard avaient rêvé : l’alliance du centre-gauche et du centre-droit pour la réalisation des grandes réformes structurelles sur le plan économique et social dont la France a besoin afin de répondre aux standards européens. Les deux personnalités précitées avaient buté sur des structures partisanes solides, PS et RPR, et des concurrents politiques, François Mitterrand et Jacques Chirac principalement, qui ne l’ont pas permis. De plus, les clivages idéologiques étaient encore vivaces. François Hollande aurait pu mener cette reconfiguration politique en 2012 puisqu’il avait bénéficié du soutien du centriste François Bayrou. Il n’a pas osé. Trop attaché à la synthèse des différents courants du PS alors qu’il a été longtemps un proche de Jacques Delors qui a milité pour ce rapprochement entre sociaux démocrates et démocrates chrétiens. Cela lui a coûté cher car l’aile gauche du parti ne lui a jamais pardonné son tournant social-libéral assumé de 2014. Emmanuel Macron a bénéficié de l’effondrement des grands partis, PS et LR, et de leurs candidats, Hamon et Fillon. C’est indéniable. Mais il a aussi apporté une réponse, qui semblait rationnelle,  en opposition à celle de Marine Le Pen, à la crise économique et sociale que traverse la France depuis plusieurs années. Reste pour lui à confirmer le mois prochain aux législatives afin de mener à bien ses réformes et ouvrir de nouvelles perspectives sur le plan institutionnel mais également économique et social.

Sur le plan international il est intéressant de voir que Macron ferme quelque part la parenthèse populiste de droite incarnée par le Brexit et surtout l’élection de Donald Trump. Même si Geert Wilders a échoué à devenir chef du gouvernement néerlandais et que Norbert Hofer n’a pas été élu président de l’Autriche, l’élection présidentielle française démontre une forme de répétition de l’Histoire. En effet, le Brexit et Trump ferment une parenthèse initiée par leurs pays respectifs en 1979 et 1980 avec l’accession au pouvoir de Margaret Thatcher et Ronald Reagan : l’ultralibéralisme et le libre-échange généralisé. En 1981, les Francais faisaient un choix aux antipodes en élisant le socialiste François Mitterrand, qui ne tardera pas à intégrer les communistes à son gouvernement. Le programme commun basé sur les nationalisations sera appliqué jusqu’en 1983. En 2016, les deux grands pays anglo-saxons semblent avoir pris conscience des conséquences économiques et sociales de leur ouverture commerciale. Ils se rendent compte de la destruction de leur secteur industriel et de la concurrence accrue de nouvelles puissances économiques, la Chine principalement mais pas seulement. Ils y ont répondu par une volonté de protectionnisme dans chacun de leurs pays. Les Américains se plaignant également de la concurrence mexicaine et les Britanniques de celles des Européens de l’Est (Pologne, Roumanie…). Ces deux derniers cas n’étant pas la conséquence d’une globalisation non maîtrisée mais d’accords régionaux de libre-échange. Macron affiche lui un libéralisme économique assumé et un libre-échange créateur de richesses pour la France. Il entend démontrer durant les cinq ans qui viennent que son pays bénéficie de la globalisation et qu’il peut encore faire mieux. Mais s’il venait à échouer, Gramsci pourrait finalement avoir raison car cela ouvrirait probablement les portes du pouvoir au Front National.

[1] Antonio Gramsci, Cahiers de prison (5 tomes) textes présentés par Robert Paris, Gallimard, Paris, 1983

 

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L’élection d’Emmanuel Macron : renouveau ou crise du système politique français ?

Gramsci disait que « La crise consiste justement dans le fait que l’ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés »[1], La victoire d’Emmanuel Macron le 7 mai semble ouvrir de nouvelles perspectives tant sur le plan intérieur qu’international bien plus optimistes que ce qu’écrivait le théoricien italien.

lors-de-son-discours-emmanuel-macron-a-assure-vouloir-rassembler-les-francais-pour-remporter-le-second-tour-de-la-presidentielle

La vie politique française vit une recomposition inédite que les élections législatives de juin risquent de confirmer. Le président centriste va certainement réaliser ce dont Valery Giscard d’Estaing et Michel Rocard avaient rêvé : l’alliance du centre-gauche et du centre-droit pour la réalisation des grandes réformes structurelles sur le plan économique et social dont la France a besoin afin de répondre aux standards européens. Les deux personnalités précitées avaient buté sur des structures partisanes solides, PS et RPR, et des concurrents politiques, François Mitterrand et Jacques Chirac principalement, qui ne l’ont pas permis. De plus, les clivages idéologiques étaient encore vivaces. François Hollande aurait pu mener cette reconfiguration politique en 2012 puisqu’il avait bénéficié du soutien du centriste François Bayrou. Il n’a pas osé. Trop attaché à la synthèse des différents courants du PS alors qu’il a été longtemps un proche de Jacques Delors qui a milité pour ce rapprochement entre sociaux démocrates et démocrates chrétiens. Cela lui a coûté cher car l’aile gauche du parti ne lui a jamais pardonné son tournant social-libéral assumé de 2014. Emmanuel Macron a bénéficié de l’effondrement des grands partis, PS et LR, et de leurs candidats, Hamon et Fillon. C’est indéniable. Mais il a aussi apporté une réponse, qui semblait rationnelle,  en opposition à celle de Marine Le Pen, à la crise économique et sociale que traverse la France depuis plusieurs années. Reste pour lui à confirmer le mois prochain aux législatives afin de mener à bien ses réformes et ouvrir de nouvelles perspectives sur le plan institutionnel mais également économique et social.

Sur le plan international il est intéressant de voir que Macron ferme quelque part la parenthèse populiste de droite incarnée par le Brexit et surtout l’élection de Donald Trump. Même si Geert Wilders a échoué à devenir chef du gouvernement néerlandais et que Norbert Hofer n’a pas été élu président de l’Autriche, l’élection présidentielle française démontre une forme de répétition de l’Histoire. En effet, le Brexit et Trump ferment une parenthèse initiée par leurs pays respectifs en 1979 et 1980 avec l’accession au pouvoir de Margaret Thatcher et Ronald Reagan : l’ultralibéralisme et le libre-échange généralisé. En 1981, les Francais faisaient un choix aux antipodes en élisant le socialiste François Mitterrand, qui ne tardera pas à intégrer les communistes à son gouvernement. Le programme commun basé sur les nationalisations sera appliqué jusqu’en 1983. En 2016, les deux grands pays anglo-saxons semblent avoir pris conscience des conséquences économiques et sociales de leur ouverture commerciale. Ils se rendent compte de la destruction de leur secteur industriel et de la concurrence accrue de nouvelles puissances économiques, la Chine principalement mais pas seulement. Ils y ont répondu par une volonté de protectionnisme dans chacun de leurs pays. Les Américains se plaignant également de la concurrence mexicaine et les Britanniques de celles des Européens de l’Est (Pologne, Roumanie…). Ces deux derniers cas n’étant pas la conséquence d’une globalisation non maîtrisée mais d’accords régionaux de libre-échange. Macron affiche lui un libéralisme économique assumé et un libre-échange créateur de richesses pour la France. Il entend démontrer durant les cinq ans qui viennent que son pays bénéficie de la globalisation et qu’il peut encore faire mieux. Mais s’il venait à échouer, Gramsci pourrait finalement avoir raison car cela ouvrirait probablement les portes du pouvoir au Front National.

[1] Antonio Gramsci, Cahiers de prison (5 tomes) textes présentés par Robert Paris, Gallimard, Paris, 1983

Colombie : une paix au rabais ?

Le 13 novembre, le gouvernement colombien et les FARC sont parvenus à signer un nouvel accord de paix. Le président Juan Manuel Santos a annoncé qu’il n’y aurait pas de nouveau référendum, suite au fiasco du 2 octobre 2016, mais un vote du Congrès avant la fin de l’année civile. En quarante jours de négociations à La Havane, cinquante-six des cinquante-sept grands changements réclamés par le camp du « non » ont été accordés dans cet accord de paix « définitif ». L’ancien président Alvaro Uribe qui s’est personnellement impliqué dans le référendum puis les nouvelles négociations en sort renforcé. Mais revenons aux modifications significatives et analysons-les.

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La participation citoyenne est réduite car le poids des mouvements sociaux sur un débat comme la réforme agraire, à l’origine de la création des FARC il y a cinq décennies, faisait craindre le pire aux riches propriétaires terriens et à l’industrie agroalimentaire, proche d’Alvaro Uribe.

En matière de justice transitionnelle, les objectifs sont également revus à la baisse car la durée est ramenée à dix ans, avec une prolongation possible de cinq années. Mais, les demandes d’enquête ne seront acceptées que durant les deux premières années.

En ce qui concerne la lutte contre le narcotrafic, le retour des fumigations a été approuvé et la politique de prévention sera menée par des organisations religieuses.

Le domaine où les FARC ont le plus perdu est le domaine électoral car leur futur parti ne pourra plus présenter de candidats dans les zones que l’organisation contrôlait ce qui va engendrer de plus grandes difficultés pour qu’ils s’intègrent à la vie politique et aux institutions. De plus notons que le financement de l’Etat pour leur futur parti est diminué de 30%. Et ils ne seront plus intégrées à la Commission sur la protection et les garanties de sécurité.

Enfin, le texte de l’accord ne sera pas intégré à la Constitution de 1991, ce qui peut relativiser sa portée car son application dépendra de la volonté des trois prochains présidents.

Les modifications à l’accord initial sont nombreuses et profondes. Si son vote par le Congrès semble inéluctable, reste à savoir comment réagira la société colombienne encore traumatisée par le référendum. De plus, d’autres menaces ne sont pas encore traitées comme l’ELN, autre groupe d’inspiration marxiste, et la BACRIM (organisation paramilitaire qui s’est substituée aux AUC dans les années 2000).